Moulin Coutu : première industrie donatienne au lac Archambault

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Saint-Donat doit à Alexandre-Henri Coutu, prêtre, et à ses frères Léandre, Régis et Moïse, la construction du premier moulin à scie et à farine. Le curé Coutu fut ordonné prêtre en décembre 1861 à Montréal. Prêtre-colonisateur dès 1868, c’est sous sa mission que furent menés les travaux du chemin de colonisation appelé « chemin Coutu », pour la confection duquel il reçoit en 1869 quelques 2 000 $ en octroi. Cette route, partant du canton Chertsey, devait traverser les cantons Chilton et Lussier et aboutir au chemin Provost-Masson.

Ce n’est qu’à la fin de l’année 1872 qu’il sera ouvert jusqu’au chemin Provost (chemin Wall). Néanmoins, il faudra encore plusieurs années de travaux pour que celui-ci soit parachevé de façon convenable afin que puissent y circuler des voitures à roues. Sa longueur totale, à partir de Chertsey, est d’environ vingt et un milles. Simultanément, le curé de Chertsey, suite à des explorations et des randonnées en utilisant la rivière Ouareau, fait, suppose-t-on, un choix d’utiliser la décharge du lac Archambault pour y bâtir un moulin.

Cette dam était faite d’un ensemble de grandes poutres disposées côte à côte pour former un genre de palissade inclinée. Cette longue suite de poutres était maintenue dans cette position fixe par un ensemble de poutres en forme d’« archiquette » situées en dessous. Le plan incliné faisait alors face au lac à contre-courant. Pour assurer l’étanchéité de cette dam, du sable et des roches étaient amoncelés sur le plan incliné pour assurer une solidité et une longévité.

De même, l’on peut se demander si le curé Coutu n’a pas eu à faire des pressions auprès du gouvernement pour faire sortir le futur canton Lussier de la réserve de la coupe de bois de la compagnie américaine qui y faisait chantier.

En effet, une compagnie avait obtenu des droits de coupe sur ce vaste territoire et y opérait trois chantiers entre le lac Archambault et le lac Ouareau (du dialecte algonquin signifiant « au lointain » NAGUARO). En effet, il est plausible que ce fut le cas, dans un contexte où les pratiques colonisatrices se heurtent souvent aux pratiques de ces marchands anglosaxons.

On estime que les travaux de construction du moulin à scie et à farine furent entrepris par le curé Coutu et trois de ses frères à l’automne 1872. On a dû d’abord se procurer le bois d’œuvre à partir des premiers défrichements pour mettre en place la charpente du moulin qui repose sur un ensemble de poutres en pin d’environ douze pouces sur quinze pouces de dimension. Dans cette charpente, un espace de quinze pieds par vingt pieds sied à y installer le moulin à farine constitué de deux grandes meules de pierre.

Le moulin à farine était en fonction durant l’hiver après les récoltes de l’automne. Pour parfaire l’installation du moulin à scie, qui lui, fonctionnait d’avril à octobre, un dénommé Magnan de Sainte-Élizabeth de Joliette, menuisier expérimenté dans ce genre de construction, aurait été engagé.

Quelques pièces furent achetées à Joliette, entre autres, celles en fonte et en métal pour une roue à palettes plates, laquelle, actionnée par la chute d’eau, mettait en mouvement la grande scie pour le bois ou la meule à moudre la farine par un engrenage à bois. Une fois installée, il fut possible de scier les planches et les madriers pour construire la charpente des murs et du toit.

Les Coutu ont profité de la grande chaussée ou « dam » (voir photo) déjà construite par la compagnie de bois à la décharge du lac Archambault et du lac Ouareau pour hausser le niveau d’eau du lac Tire d’une douzaine de pieds. Le débit était contrôlé par l’ouverture et la fermeture de « pelles ». C’est « slousses » sont formées d’un cadrage dans lequel des madriers superposés (drop) qu’on retire un à un pour laisser passer l’eau et le bois dans ces petits corridors.

Source : Un moulin et son vilage, document réalisé par Sylvain Gaudet pour la Société historique de St-Donat en 1982. Cette étude est disponible pour consultation à la bibliothèque municipale de Saint-Donat. La photo est une gracieuseté de Georges Clerk.

Selon les témoignages de certaines personnes âgées, une amérindienne, Marie la Sauvagesse, aurait guidé les Coutu en empruntant la rivière Ouareau pour explorer nos grands lacs

À GAUCHE :
Cette dam était faite d’un ensemble de grandes poutres disposées côte à côte pour former un genre de palissade inclinée. Cette longue suite de poutres était maintenue dans cette position fixe par un ensemble de poutres en forme d’« archiquette » situées en dessous. Le plan incliné faisait alors face au lac à contre-courant. Pour assurer l’étanchéité de cette dam, du sable et des roches étaient amoncelés sur le plan incliné pour assurer une solidité et une longévité

Source : Pierre Forget, Journal Altitude, janvier 2012