Historique des tours à feu

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HISTORIQUE DES TOURS À FEU

Contexte

L’histoire de la protection des forêts contre le feu au Canada remonte à la fin du XIXe siècle. Depuis, le besoin de protéger les vies humaines et les ressources forestières a incité l’homme à moderniser toujours davantage les techniques de détection et de lutte selon les moyens de son époque. Au début des patrouilles effectuées par des gardes forestiers permettent d’assurer la surveillance du territoire, de sensibiliser les usagers de la forêt et de déceler la présence de foyers d’incendies.

C’est en 1907 que la Division de la protection des forêts s’intéresse à un système ingénieux de détection de feux de forêts à savoir l’implantation de tour à partir des points culminants des plus hauts sommets de la région. L’année 1910 voit l’apparition de la tour d’observation.

La toute première tour fut construite en Gaspésie en 1910 et le réseau comme tel prit son envol avec la création de la St-Maurice Forest Protective Association. Chaque tour à feu est construite sensiblement de la même façon. Faites d’une structure d’acier, elles peuvent atteindre une hauteur de 25 mètres et sont surmontées d’une cabine octogonale de 2 mètres de diamètre et permet d’observer jusqu’à 260 000 hectares de forêt par beau temps. Le système de communication était composé d’un téléphone avec fil, reliant la tour au village le plus près. La cabine de chaque tour est équipée d’une chaise, d’une carte du territoire à protéger, d’un cercle azimutal (outil apparenté à la boussole), d’une alidade (règle mobile autour d’un point fixe et munie d’un instrument de visée. Elle permet au topographe de déterminer une direction ou de mesurer un angle), de jumelles et des formulaires de rapport que le gardien doit remplir.

Au pied de la tour était érigée un camp en bois, sans eau courante ni électricité, contenant un lit, un poêle à bois, un lavabo, une chaise, une berceuse et le matériel nécessaire à son travail.

En 1925 environ 5000 km de câbles téléphoniques rayonnait entre les tours à feu et les autorités chargées du combat au sol. Ce chiffre devait monter à près de 13000 km en 1942. En 1966, un total de 503 tours à feu couvrait le territoire québécois.

Au printemps 1915, une première étude sur l’utilisation de l’avion pour la protection des forêts est menée. On constate que le coût est encore un obstacle.

En 1919 un premier essai d’hydravions pour la surveillance des forêts par la St-Maurice Protective Association. Deux appareils Curtis à hélice propulsive basés à Halifax ont été mis à la disposition du gouvernement de la province par la Marine. L’un des avions fut baptisé ‘’La Vigilance’’.

Depuis les années 1920, l’avion sert aussi à la détection, notamment en régions éloignées. Mais son efficacité demeure réduite parce qu’il ne peut survoler le territoire en permanence. En outre, son coût d’utilisation reste élevé. Il est donc surtout utilisé pour transporter les équipes d’intervention et le matériel là où le réseau routier ne se rend pas.

Mais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’usage des tours d’observation décline et est abandonné à partir de la moitié des années 1960. La dernière tour en utilisation au Québec est utilisée jusqu’en 1981 sur la base militaire de Valcartier. Ses 60 pieds trônent au sommet du Mont Général Allard. L’avion, devenu un mode courant de transport, prend alors définitivement le relais.

Les signalements qu’effectuent les gardes du haut de leur tour ne sont pas toujours précis. Il suffit que le vent pousse la colonne de fumée, que la visibilité soit mauvaise et la topographie du terrain accidentée pour que soit faussé le point de localisation, obligeant les équipes d’intervention à marcher parfois pendant des heures avant de parvenir sur les lieux de l’incendie.

LE GARDE FEU

Les premiers garde-feux sont nommés en 1889 afin de soutenir le travail des surintendants des feux. Ils sont généralement sélectionnés à même la population locale afin d’effectuer la surveillance de terrains licenciés spécifiques dans leur région. A cette époque le travail de garde-feu s’effectue de façon épisodique, ses principales tâches consistant essentiellement à informer les utilisateurs de la forêt des risques de feu, à dénoncer les contrevenants de la loi et à organiser la lutte, le cas échéant. Les garde-feux touchent alors un salaire mensuel variant entre 50$ et 60$. Il arrive également que ces derniers occupent simultanément les postes de garde-chasse ou de garde-pêche.

La protection des forêts contre les feux s’organise davantage à partir de 1894 alors qu’est créée la première zone de protection (appelée région sauvegardée no. 1) dans la région de l’Outaouais. Il est alors proposé d’embaucher 27 garde-feux permanents qui parcourront les forêts le long du réseau hydrique en fonction de la valeur des lots à protéger et des différents facteurs de risques. Les endroits les plus propices à l’éclosion de feu se retrouvent où les compagnies forestières détiennent leurs concessions, où les colons défrichent la terre et où les draveurs, les pêcheurs et les chasseurs entretiennent leurs activités et allument des feux. La durée de protection s’étend désormais du 1er mai au 30 septembre et peut être allongée si les conditions climatiques l’exigent. Ce système de protection est étendu dès 1898 alors qu’est créée une seconde zone de protection couvrant le bas de la rivière des Outaouais et la Vallée du Saint-Maurice.

La profession se formalise avec la création en 1901 d’un premier manuel québécois de protection des forêts contre le feu intitulé ‘’Instruction générales pour les gardes forestiers et remarques sur les causes principales de feux dans les bois’’. Il permet d’uniformiser le travail des garde-feux qui sont toujours plus nombreux. Ce document les informa des tâches et devoirs qu’ils doivent effectuer dans leurs districts de protection. Il stipule également l’obligation pour les garde-feux de porter leur insigne afin de s’identifier et d’augmenter leur légitimité lorsqu’ils appréhendent des fautifs. Ces derniers contestent parfois la légitimité des gardes-feux à faire respecter les lois.

SES TÂCHES

Le travail des gardes-feux est la pierre d’assise de la mise en place de l’organisation de protection des forêts contre le feu. Ces derniers sont responsables à la fois de la prévention, de la détection et de la suppression des incendies. Ils doivent patrouiller tous les jours le territoire leur étant assigné à pied, en canot, en bicyclette ou à cheval. Les distances moyennes parcourues durant la saison varient de 1150 et 2710 kilomètres.

Lors des patrouilles, ils affichent également les textes de loi relatifs aux feux de forêt, à la chasse et à la pêche et doivent s’assurer de remplacer les exemplaires endommagés. Ces affiches sont originalement imprimées sur du papier, mais seront par la suite reproduites sur du tissu afin d’en augmenter la durabilité.

Afin d’assurer un suivi de leurs activités, les garde-feux doivent tenir un journal de bord mensuel et y noter le lieu et l’heure de leurs départ et arrivée, le trajet parcouru, les tâches réalisées, les endroits où sont posées les affiches, les conditions météorologiques ou toute autre information jugée pertinente. Ce rapport est par la suite remis au surintendant le 5 du mois.

LA PRÉVENTION

Afin d’être en mesure de prévenir ou du moins de prévoir les risques de feu, les gardes-feux s’entretiennent fréquemment avec leurs confrères des autres territoires afin de les aviser du passage de ‘’sportsmen’’, d’explorateurs miniers, de nouveaux colons ou de ‘’squatters’’. Cette façon de faire a également l’avantage de les mettre en contact avec les utilisateurs du milieu forestier qu’ils peuvent informer des risques d’incendie.

Leur rôle de prévention les amène à travailler, entre autres, avec les défricheurs. En effet, au début du XXe siècle, les colons représentent un des risques les plus importants de feux de forêt. Ces derniers ont recours au brûlage afin d’accélérer le défrichage des terres en les débarrassant de toutes matières ligneuses. Afin de limiter les dégâts, le gouvernement interdit dès 1870 le brûlage durant la saison estivale. La loi est cependant modifiée en 1904 interdisant désormais les brûlages au printemps et à l’automne, saisons plus propices à l’assèchement du combustible.

Les permis de brûlage d’abattis deviennent obligatoires en 1916, élargissant, par le fait même, le rôle des gardes-feux. Pour qu’un permis soit délivré, le défricheur doit avoir ramassé et disposé en tas ses déchets d’abattage à une distance d’au moins 50 pieds de la forêt.

Un second facteur de risque provient des locomotives dont les rejets de charbon enflamment parfois les bordures des chemins de fer.

En 1918, les tâches des gardes-feu se modifient quelque peu. Une équipe a la responsabilité de visiter les colons pour donner les permis de brûlage et s’assurer que la loi est respectée et également la charge de diriger le combat des incendies.

Inspiré de l’expérience américaine, en 1922 on instaure l’émission de permis de circulation en forêt, sur lequel on y consigne le nom, la provenance, l’endroit et la durée du séjour du demandeur. Cette façon de faire permet d’évaluer le risque de feu au regard du nombre de personnes présentes en forêt et des conditions météorologiques observées.

LA DÉTECTION ET LA SUPPRESSION DES INCENDIES

Après le passage d’un orage, les gardes-feu doivent vérifier si la foudre a allumé des feux sur leur territoire et les éteindre, le cas échéant. Il s’ensuit une importante collaboration entre les gardiens de tour et les gardes-feu. Lorsque les gardiens de tour aperçoivent de la fumée, ils contactent le garde-feu attitré au territoire et lui fournissent les indications les plus précises possible afin qu’il puisse la localiser. Avec le développement du réseau de tours d’observation, le garde-feu aura également pour mandat de ravitailler le gardien de tour et d’assurer l’entretien de la ligne téléphonique.

En 1957, un poste de garde-feu municipal est également créé afin de voir à la protection des petites forêts privées et des municipalités rurales. Ces dernières peuvent désormais établir en leur sein une organisation de protection des forêts afin de se prémunir contre les éventuelles conséquences d’un incendie.

Leur rôle s’estompera un peu avec l’arrivée des tours de détection et des avions de détection.

HISTORIQUE DE LA ST-MAURICE PROTECTIVE ASSOCIATION

La fondation de l’association remonte à 1912 et on trouve, à son origine, des représentants de toutes les grandes compagnies exploitant la forêt à cette époque. Elle couvre un territoire de 15 000 milles carrés qui s’étend de St-Donat-de-Montcalm à l’ouest jusqu’au lac St-Jean à l’est, et de Grandes-Piles au sud, jusqu’à plusieurs milles en haut du barrage de La Loutre au nord. Elle a installé un système de tours et de téléphone qui est remis en ordre chaque printemps.

Le territoire est divisé en 4 districts : St-Michel, La Tuque, Windigo-Flamand, Manouan-La Loutre.

A ses débuts, l’association employa à la détection des feux, huit patrouilleurs qui voyageaient à pieds ou en canot. Mais en pays montagneux, la mission de ces gardes-feu était nécessairement très incomplète. Il fallait que la fumée montât au-dessus des montagnes pour leur permettre de dépister l’incendie à plusieurs milles de distance. Une fois le feu découvert, les patrouilleurs devaient aller chercher du secours et pendant tout ce temps l’incendie gagnait du terrain.

L’association s’est fixé trois moyens de prévention : l’éducation, la réduction des risques d’incendies, la législation et réglementation.

LES TOURS A FEU DE LA RÉGION

Dans la région, il y a eu trois tours à feu soient : au Mont Ouareau à Notre-Dame-de-la-Merci, au Mont Gaudet sur la route 329 et une troisième au Mont Carcan.

La tour du Mont Gaudet

Louis Gaudet, propriétaire du lot baptisé Mont Gaudet, a donné au gouvernement le terrain nécessaire pour la construction d’une tour à feu à la condition que lui et ses descendants en soient les gardiens. Cette tour était reliée à la base militaire de St-Adolphe- d’Howard. Le haut de la tour logeait le gardien et son épouse.

C’est du haut de cette tour que l’avion militaire Liberator qui s’est écrasé à la Montagne Noire a été découvert.

La tour du Mont Ouareau

Trois tours y ont été érigées dont la 2e en 1920. Elle a été démolie vers 1967 par les frères Jean Guy et Gaétan Lavoie dont la rémunération était le produit de la vente de l’acier provenant de la tour.

Il y a eu un décès. Alors que des jeunes faisaient une excursion en forêt, un des leurs a voulu escalader la tour, mais lors de l’ascension, il a eu le vertige et est tombé sur le sol. C’est alors que la décision de démolir la tour a été prise.

La tour du Mont Carcan

Lorsque la décision de démolir la tour a été prise, on a constaté que déjà des individus s’en étaient occupés.

Jean Jacques Théorêt, Journal Altitude février, mars 2019

Sources :

Municipalité.amherst.qc.ca
Archives Radio Canada.ca
Histoires forestière
Sopfeu.qc.ca
Forêts, Faune et Parcs du Québec
Le Nouvelliste