Voyage Cusson Vandal 5e récit. Départ pour la pêche

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DÉPART POUR LA PÊCHE

Sur la fin de l’après-midi, tous partent à la pêche ‘’donner le coup du soir’’. Le lac est calme et de toute beauté. Une légère brise souffle et l’on entend que le chant des oiseaux. Le soleil est encore bon.

Jos conduit ses invités à un bon endroit. Sur la fin de la journée, la truite affamée sort des fosses et mord à tout ce qu’on lui présente. Elles vident les hameçons si vite, qu’on n’a pas le temps de réagir et de les piquer. Les pêcheurs ré empâtent rapidement et relancent leurs lignes à l’eau. Les touches se succèdent une après l’autre. Puis, tout à coup, les pêcheurs commencent à maîtriser la situation : ‘’j’en ai une’’ dit Jos ; ‘’j’en ai une moi aussi’’ dit Denis qui en a ferré une belle.

LA PÊCHE

Tout à coup, on entend Laval qui dit ‘’moi aussi, j’en ai une et je crois que c’est une grosse’’. Elle tire si fort, qu’elle fait plier le manche à trois ou quatre reprises. Elle ne veut pas quitter le fond du lac. Laval tend alors sa ligne avec fermeté, ne laisse pas de ‘’mou’’, et patiemment, sans la brusquer, la force à remonter vers la surface. Là encore, la truite refuse, combat et fait encore plusieurs autres plongées. Mais la tension sur la corde ne lâche pas. La truite, de plus en plus fatiguée, finit par remonter à la surface du lac. Utilisant ses dernières énergies, elle ‘’frétille’’ sans arrêt, et éclabousse l’eau partout. Laval sait qu’elle est à bout de force. Alors, il lève très haut au-dessus de la tête le manche de sa ligne, pour rapprocher la corde et la truite tout près de la chaloupe. Là, Jos qui l’attend avec la puise, plonge cette dernière juste sous elle pour la sortir enfin de l’eau et l’embarquer dans la chaloupe. Laval et Jos admirent leur prise. Puis, Jos lui brise le coup et la met avec les autres dans le sac de toile. En deux heures, les cinq pêcheurs ont déjà pris quatre-vingt-sept belles truites.

LA TRUITE

Mesurant 12 pouces et plus de longueur, elles sont de toute beauté. Leur dos est noir ; le haut de leur flanc est gris avec des stries jaunes ocres et le bas est rougeâtre, saumoné, avec de multiples petits points jaunes et de plus gros points bleus avec au centre, un petit point route. Le ventre est blanc. C’est à cause de ces petits points de couleur qu’on la nomme ‘’truite mouchetée’’.

RETOUR DE LA PÊCHE

Puis c’est déjà la fin du jour. Le soleil s’est couché derrière la montagne, ne laissant que la silhouette des épinettes qui se découpe dans la couleur orangée du ciel. Le vent est tombé, et le lac est comme un miroir. Les oiseaux ne chantent plus et la brume émane en petits nuages de la surface de l’eau. La grisaille et le froid se glissent dans le crépuscule.

Jos dit ‘’C’est le temps de retourner au campement’’. On roule les lignes, on lève les ancres et en douceur, satisfaits d’avoir fait une bonne pêche, la chaloupe file vers la rive. Seul le huard au fond du lac salue une dernière fois les visiteurs étrangers de son cri languissant, et comme un affront, il se déplace rapidement sur les eaux en battant des ailes comme s’il revendiquait le droit de propriété exclusif de ce lac.

Arrivés au camp, tous expriment leur joie d’avoir fait une si belle pêche. Ils sont bien récompensés d’avoir fait un si long périple pour vivre ce moment et connaître un si bel endroit. Puis, après avoir vidé et attaché solidement pour la nuit les deux chaloupes, tous se disent en appétit pour le repas du soir.

REPAS DU SOIR

Il y a de la truite fraîche pour souper ce soir. Roger et Denis vont éviscérer et laver les truites au bord du lac. Jos allume le feu de camp. Laval, lui, sert un petit coup de ‘’Rye Whisky’’ comme apéritif avant le souper.
Tout est cuit sur la grille au-dessus du feu. La soupe au pois dans un chaudron, la truite enfarinée est mise à cuire dans une grande poêle et le café, dans la cafetière. Les campeurs assis sur une roche ou sur un billot près du feu savourent leur repas dans des gamelles et assiettes de métal. Pour le dessert, un généreux morceau de gâteau à la mélasse que Madame Morin a envoyé dans les bagages, le tout arrosé d’une bonne tasse de café pour terminer le repas.

LA SOIRÉE

Déjà la nuit s’est installée. On voit plein d’étoiles dans le ciel. ‘’Il va faire beau demain’’ dit Jos. On n’entend plus rien, sauf le pétillement du feu qui meurt lentement. Il fait froid. Laval met sa grosse veste de laine et son manteau ‘’parka’’. Il ne cesse de relever son collet et de se frotter les mains au-dessus du feu. Il fume une bonne pipée de tabac et sirote lentement un dernier café.
Assis autour du feu, chacun y va d’une histoire de pêche, aussi meilleure l’une que l’autre, à tel point que l’on se demande si c’est le meilleur pêcheur ou le meilleur menteur.

LE COUCHER

Vers 21h30, le feu s’affaisse. Il ne reste qu’une couche épaisse de braises rouges qui n’éclairent presque plus. Tout le monde ‘’baille aux corneilles’’. C’est l’heure d’aller se coucher.

Laval, Denis et M. Bourgeau, couchent sous la tente, enveloppés dans de chaudes couvertures de laine et utilisent en guise d’oreiller, leur veste de laine et leur manteau roulés en boule.

M. Morin et son fils dorment à la belle étoile, dehors près du feu, recouvert de leur grosse veste de laine et d’une toile de tente. Ils ont comme oreiller une bûche de bois ou une roche sur laquelle ils ont déposé leur coupe-vent.

Bonne nuit tout le monde ! Tous s’endorment d’un sommeil profond.

Pendant la nuit, Denis s’inquiète auprès de son père, à savoir s’il y a un ours qui gronde près de la tente. Laval qui connaît la situation le rassure en lui disant : « Dors, n’aie pas peur, c’est seulement M. Morin qui ronfle. »


Source : Dr. Marc Cusson, fils de M. Cusson et Mme Vandal, Journal Altitude 1350, décembre 2016